PAUVRE GUINEE

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Il ya vraiment lieu de se munir d’un bâton et de se mettre en face d’une carte de l’Afrique pour rechercher la République de Guinée. Alors, celle que vous allez trouver aujourd’hui, n’est pas du tout la Guinée des dix résistants à la pénétration coloniale, avec l’exceptionnelle longévité de dix huit ans de l’Almamy Samory Touré. Ce ne sera pas non plus celle du vote historique du 28 Septembre et de la proclamation de l’Indépendance le 2 Octobre 58. Encore moins de cette fierté affirmée et affichée de domination sportive et culturelle du continent, avec des talents et des génies jamais égalés, sous-tendus par l’exigence du devoir bien accompli dans la fraternité et la solidarité des cœurs et des bras.
Non, cette Guinée a bien disparu des écrans radars pour laisser l’avion dans la turbulence de la misère et de la pauvreté, de l’égoïsme et de la vanité de ceux qui, tapis dans les hautes sphères de l’Etat en complicité avec une bourgeoisie carnassière, foulent au pied ce que nos illustres devanciers, ont bâti de leurs augustes mains. La Guinée d’aujourd’hui est celle de l’insolence de l’arrogance et de l’indifférence méprisante de certains qui exercent une parcelle de pouvoirs, traient sans pitié la vache commune et la retourne au pâturage vidé de tout son lait.
C’est la Guinée ou seuls le pouvoir et l’argent qu’il procure en comptes bancaires grasseux et en immeubles gratte-ciel à droit de cité. La fierté Guinéenne tant reconnue et enviée hier, est devenue un torchon, un mouchoir de kleenex dont les carnivores du peuple, s’essuient d’une chaleur qu’aucun effort ne les a permis de dégager. Ils sont sous les lambris des palais, en Air conditionné à la maison, en voiture et au bureau.
Seul le pouvoir peu importe la manière dont il est acquis, pourvu qu’il conduise aux gestes tentaculaires de la pieuvre dont l’aimant envoie dans ses entrailles, les proies squelettiques du bas-peuple.
Non, ce n’est plus cette Guinée d’illustre épopée, des fiers guerriers ou l’artiste et le sportif comptaient plus que le Gouverneur et le Ministre, parce que seul mis en évidence, le taux d’utilité sociale.
Voici ma Guinée d’aujourd’hui, déchirée en lambeaux et jetée aux quatre vents et marquée aux quatre fers. Cette Guinée ou le 3e Ballon d’Or Africain, Souleymane Chérif, est obligé de « mendier » un billet pour se rendre aux obsèques du Premier Salif Keita Domingo. Et pourtant le Président Amadou Toumany Touré en visite officielle à Conakry, avait tenu à rencontrer les symboles du Hafia et du Sily National, à visiter le mythique stade du 28 Septembre, avant de les inviter plusieurs fois chez lui à Bamako.
Voici ma Guinée d’aujourd’hui, ou le grand parolier et comédien Sow Bailo décède sans que cela ne fasse l’objet d’attention particulière et de mobilisation générale matinale de la part de tous.
Et dans cette Guinée d’aujourd’hui ou l’honnêteté et la compétence sont des délits, la médiocrité et la délation sont des valeurs, triste est de constater que pour 7.500 Euros seulement, un grand serviteur du football Guinéen, Mohamed Camara alias « Mohamed ASK », décédé vendredi dernier à Nantes en France, risque d’y être enterré à la sauvette, faute de mobilisation de ce petit fond par un pays entier. Pourtant ce montant est bien modique quand il s’agit d’entretenir les arrière-cours, les basse- cours, les enclos et les pâturages, ou de financer des mamayas à haute saveur politique.
Ahmed Sékou Touré le père de l’Indépendance et son digne successeur le Valeureux Général Lansana Conté, doivent se remuer dans leurs tombes. Pardon réveillez-vous et venez sauver notre Guinée. Car elle est véritablement en danger.
Pauvre de nous mille fois.
Amadou Diouldé Diallo