LE SIMANDOU JAZZ DE BEYLA SUITE ET FIN

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On serait incomplet  si  on n’évoquait pas cet incident malheureux qui a failli tourner au pire. Nous sommes en 1978 à la Quinzaine Artistique, Culturelle et Sportive de la Guinée-Forestière à N’Zérékoré. Le polyvalent M’Bemba « Schiller » Camara, a joué au Basket et au Volley dans la matinée. L’après-midi, l’équipe de football de Beyla est opposée à celle de Lola. Au cours de la seconde période, M’bemba hérite d’une balle dans la surface de réparation. Il s’apprêtait à la loger au fond  des filets lorsque Mohamed Diaré le gardien de buts de Lola, devenu par la suite Contrôleur Général de Police et Commissaire de Police de l’Aéroport de Conakry, bondit comme un fauve sur le genou de l’avant-centre du Simandou Football Club de Beyla. Ce dernier fait des grimaces et est sorti aussitôt du terrain porté par deux de ses co-équipiers. Son genou droit enfle et inquiète. Car, le Simandou Jazz de Beyla doit présenter son Concert le soir à 21h au Palais Nimba. Or, c’est M’bemba qui est non seulement le premier chanteur de l’orchestre, mais aussi celui qui interprète toutes les chansons du Concert. Il est à cet instant irremplaçable, et aucun report n’est possible. La Révolution est Exigence. Entre pleurs et lamentations, la blessure du polyvalent M’bemba, donne lieu à un désespoir total. Au point que le Gouverneur de Région le Commandant Sidy Mahmoud Keita et le Secrétaire Fédéral Sékou Fouala Kourouma dont la fille Mahawa, était une des grandes Basketteuses de Beyla, se concertent sur le champ. Alors le premier embarque M’bemba à bord de sa Jeep Russe pour un village aux environs de Koulé  ou se trouvaient des guérisseurs de la famille des Bérété. Ces derniers, traitent l’enflure au niveau du genou droit du chanteur qui rejoint Beyla boiteux. Rien à faire à 21h piles, l’Animateur du Palais Nimba, annonce le Simandou Jazz de Beyla pour son Concert. Ibrahima sylla au Récital et l’auteur de ces lignes à l’Imprésario, portions des T-shirts floqués « Beyla Mankan devant, Simandou Kibaro au dos ». Les premières notes des sections Vent, Cordophone et Vocal appuyées par la batterie, annoncent les couleurs. La salle explose. M’Bemba « Schiller » Camara, chantera le Concert assis. Et c’est ça aussi, les inconvénients de la polyvalence dont plusieurs régions de l’époque, ont largement tirées profit des avantages. Nous allons y consacrer un article avec d’autres exemples à Dalaba, Mali et Koundara. A noter que les autorités de Beyla de l’époque, avaient très bien préparées cette Quinzaine Artistique, Culturelle et Sportive de 1978. Dès la fermeture des bureaux à 15h, le Gouverneur le Commandant Sidy Mahmoud Keita, prenait la direction de N’Zérékoré pour retourner tard la nuit, sauf les week-ends qu’il passait auprès de la troupe fédérale sur place. Le ravitaillement en produits laitiers et en viande de cette troupe, était assurée par la Ferme de Famoila. De telle sorte que les artistes, sportifs et encadreurs de Beyla, étaient les mieux nourris. Toutes choses qui ont largement contribué à la victoire triomphale de Beyla qui s’est classé Premier de la Guinée- Forestière cette année là. Le retour au « pays » fut grandiose le lendemain même de la proclamation des résultats par le jury. De Nzérékoré à Beyla en passant par Gouécké, Boola et tous les villages traversés, l’accueil fut des plus chaleureux ce jour chômé, payé non décrété, dans une procession de camions « Zil » et de Jeeps Russes avec à leur tête, celles du Gouverneur de Région, le Commandant Sidy Mahmoud Keita et le Secrétaire Fédéral Sékou Fouala Kourouma. Le Simandou Jazz venait de prouver qu’il était digne de l’héritage du Bembeya Jazz National.

Amadou Diouldé Diallo