JACOB BANGOURA LA FORCE DE LA HAUTE MAREE

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Il faisait partie des dernières humanités sur un bout de terre dans l’immensité de l’Océan Atlantique. Fotoba, Kassa, Room , ces iles paradisiaques des illustres familles

Cole, Lucas, wright, wilkinson, williams, Mcarthy, Macauley, Morel, Gomez, Bangoura pour ne citer que celles-ci.

Dans la mesure où la géographie constitue la première composante de l’histoire, ces iles et bien d’autres sur ce riche littoral guinéen, ont à la fois constitué la sentinelle d’avant-garde des terres fermes, et la porte d’entrée des « Oreilles Rouges » à la conquête et à la domination du monde, grâce aux nouvelles inventions de la Révolution Industrielle en Europe.

Dans le contenu de leurs bagages, se trouvait aussi le ballon de football dont Jacob Bangoura, va très rapidement succomber à la beauté et au charme au moment où il était devenu une activité quotidienne d’essaims de jeunes à Kaloum le quartier Résidentiel et Administratif de la Colonie, et le km 0 bien plus tard de la République de Guinée.

Jacob Bangoura était d’un physique impressionnant, ce sont des quintaux de muscles convoités par toutes les équipes à tous les niveaux  pour non seulement faire peur à l’adversaire, mais aussi pour dompter librement le ballon aux caprices déroutants jusqu’au fond des « deux pierres » qui délimitaient les goals avant l’apparition des filets.

C’est incontestablement avec le Hafia et le Sily National que Jacob Bangoura va écrire les plus belles pages du football guinéen.

Partageant avec ses camarades non sa famille, la douceur de la canne à sucre des victoires aux aurores fleuries, et l’amertume de la gentiane des défaites larmoyantes et douloureuses.

De Conakry à Dakar, de Bamako à Abidjan, de Lomé à Accra, de Yaoundé à Lumumbashi, de Kampala à Brazzaville, d’Alger à Tunis, de Casablanca à Lagos, d’Addis-Abeba au Caire, en passant par Khartoum et la ville cotonnière de Wad-Médani jusqu’au lointain Mexique de l’antre de Guadalajara, le pays des Aztèques et des Incas, Jacob Bangoura a été de tous les combats du Hafia et du Sily National, avec le mental d’acier de ceux qui se gagnent d’abord dans les cœurs et dans les esprits, et la colle forte comme de la latérite sur la peau.Face à des attaquants qui ont vite fait de déchanter, s’ils ne déménageaient pas carrément de peur d’affronter l’armoire à glace dans le couloir droit de la défense Guinéenne.

Dans ces deux équipes aux postes tous complémentaires, les places coûtaient chères, le prince des iles n’avait pas de concurrents, et n’a jamais été confronté à une quelconque interchangeabilité dans les différents schémas tactiques de ses entraineurs. De Maitre Naby à Garrincha Fofana, de Budai à Mondolviane.

L’Empereur Baoulé Laurent Pokou, Salif Keita Domingo, Paul Sayal Moukila, Nbono le sorcier, Ndaye Mulamba, Brinch Thsinabu, Roger Milla, Manga Onguené, Ahmed Faras, Aly Abougreisha,Wandéra, Rabat Madjer, et tant d’autres, ont tous échoué devant la forteresse guinéenne.

Jacob Bangoura a appartenu à une génération d’exception du football guinéen dont les astres ont scintillé au firmament de la gloire et du prestige. Ses complices de la défense Calva, Edenté, Mory Condé, Djibril Diarra, Moussa Camara, Morciré gardien aussi avec Bernard et Banks, Tolo, Papa, Eusob, Mory koné, Cocody, les artificiers, plumes dans l’encrier, ils ont écrit des poésies avec leurs pieds, et fait crever l’applaudimètre de foules ivres de joie

Chérif, Sory, Maxime, Njoléa, Bangaly, Jansky, Seydouba, Amara Pélé, voilà ceux qui ont porté la Guinée au sommet de l’Everest et du Kilimandjaro du football, et procuré du bonheur et de la joie à notre vaillant peuple et à ses dirigeants qui avaient très tôt compris que le football est un échiquier sur lequel les Nations  les Etats et les Républiques mesurent leur puissance.

Jacob Bangoura, le prince des iles, avant de nous quitter, tu avais passé le témoin, la pagaie de la pirogue à ton fils le colonel Alphonse Bangoura non pas pour être sur un rectangle vert, mais au mât du navire illuminé par les balises afin que Fotoba ne soit jamais dans l’obscurité.

Depuis l’annonce de ton décès ses camarades de corps conduits par le chef d’état major de la marine nationale en personne, l’Amiral Mamadou Yaya Diallo, sont aux côtés de la famille.

Il en sera ainsi jusqu’à ton inhumation sur ce bout de terre de Fotoba, pour le souvenir mémorable de Jacob Bangoura jusqu’au bout du bout. Pour l’éternité. Car, la vie finit toujours par la délivrance d’un acte de décès même quand vous vous cachez dans toutes les forêts ou sous toutes les eaux.

Repose en Paix digne fils de ma Guinée.

Amen.

 

 

 

                                                                                       Amadou Diouldé Diallo