NUITS DE SOUVENIRS

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En me rendant aux obsèques de Elhadj Ousmane Fatako Balde le 30 Mars dernier je suis parti de Conakry au petit matin pour arriver à Mamou à 12h et continuer sur Porédaka à 19h en plein Ramadan chez mon avocat Maitre Alsény Aissata.

Après l’enterrement de l’illustre disparu j’ai fait la route en sens contraire c’est-à-dire Fatako-Kankalabé-Bodié-Kourou-Maninka-Bantanko-Porédaka.et de nuit du village natal de Elhadj Boubacar Telli Diallo et du Capitaine Diallo Thierno à Mamou-ville pour continuer sur Conakry le 1er Avril.

Durant tout le trajet à l’aller comme au retour et dans la profondeur de la nuit seulement illuminée par les phares de la voiture mon esprit est allé à la recherche du bois mort dans la forêt de souvenirs.

Souvenirs oui Souvenirs tous les souvenirs des nombreux déplacements de ces deux valeureux fils de la Guinée entre leur village et Mamou, surtout leurs premiers et leurs derniers.

Je me suis mis à leurs places à la recherche de tout ce qui pouvait symboliser leur passage à pieds, à vélo, en voiture sur cette route, leur état et leurs rêves.

Si je suis convaincu que Diallo Telli s’était toujours arrêté à Tounkan le village de sa mère Nénan Kadiatou Diallo, je me suis imaginé la première fois que les deux ont quitté Porédaka.la dernière fois aussi pour ne plus y revenir même avec une sépulture digne de leur prestige pour être enterrés auprès des siens.

Ils seront comme des milliers de Guinéens, dévorés par la Révolution. Le Capitaine Diallo Thierno présenté comme étant le cerveau du fameux coup Kaman-Fodéba, sera fusillé en 1969 tandis que son cousin de Diallo Telli, celui qui mena la bataille diplomatique pour l’admission de la toute jeune République de Guinée à l’ONU et Premier Secrétaire de L’OUA, mourra de diète noire au Camp Boiro le 1er Mars 1977 dans l’imaginaire complot Peul et l’inexplicable situation particulière du Fouta.

Tout au long de cette route et au volant, je n’ai cessé de me dire oui ils s’étaient arrêtés là à l’ombre de cet arbre ils ont touchés à cette pierre ou ils se sont désaltérés à cette rivière, mais rien dans mes pensées, n’a pu reconstituer leur histoire avec exactitude.

Eux seuls avaient le secret et les voilà partis pour toujours par la folie des hommes.

Il parait que Diallo Telli admis à l’école de Mamou, se rendait à Porédaka tous les week-ends à pieds.

Et qu’une fois il s’était gravement blessé à l’orteil alors que son Directeur d’école succombant à son intelligence de surdoué, lui avait offert une paire de basket qu’il a préféré garder en contemplation.

C’est pourquoi m’a-t-on dit, il ne s’est jamais privé de chaussures, il en possédait plus de deux cents.

Les montres et les postes radios faisaient également partie de ses objets préférés.

Alors que le Capitaine Diallo Thierno avait après l’armée française effectué de brillantes études dans les académies militaires de l’ex Union Soviétique Diallo Telli en fit en France, il occupa une première pour un noir, les fonctions de Directeur de Cabinet du Grand Conseil basé à Dakar.

C’est avec Alioune Dramé et son neveu Docteur Alpha Oumar Barry dont la mère l’avait confiée que Diallo Telli sera arrêté et tués.

Jamais ils ne revirent leur Mamou natal.

La route en ces deux nuits de voyage m’a rappelée des souvenirs douloureux d’une disparition tragique de deux dignes fils du Fouta et de la Guinée.

Amadou Diouldé Diallo